Avancer ensemble – travailler main dans la main

J’avais été invitée il y a une quinzaine d’années à l’assemblée générale de l’agence juive, en Israël. Je modérais un groupe sur les futurs leaders de la communauté juive. Et quelle ne fut pas ma surprise : les leaders déjà en place voulaient que la nouvelle génération fasse comme eux, la révolution. J’ai pris conscience à cette période que les responsables communautaires de l’époque étaient les enfants de 68. Mai 68 en France, mais aussi année 68 dans le monde ; changements de paradigmes, révolution pour changer les mentalités et les sociétés.

Puis j’ai réalisé, au moment de créer Limoud, que la génération de nos parents avait été désorientée, enfants subissant la vie donnée à leurs parents : enfants de rescapés pour beaucoup de juifs ashkénazes, exil de leur pays pour les juifs séfarades. Embrasser une nouvelle vie, en France, était vital. Acculturation, parfois totale, parfois avec rejet de leur vie passée, pour pouvoir mieux devenir français. Des ados qui, coup sur coup dans les années 60, ont vécu changement de pays et l’année 68, remettant en cause, à quelques années d’écart, beaucoup de leurs référentiels.

Nous avons eu la chance de naître première génération en France, français sur le sol français. Nous avons conscience denos identités multiples et assumons nos identités culturelles riches et croisées. Nous pouvons les revendiquer et les mettre en valeur. En douceur. Pas en rupture.

Une révolution ? C’est pour nos aînés, ça !

Nous, on préfère l’évolution, travailler ensemble. J’aime quand les gens se retrouvent par centres d’intérêt à Limoud, qu’ils aient 17, 40 ou 75 ans.

J’aime aussi que nous travaillions ensemble à l’Amitié judéo-chrétienne, dont je suis devenue présidente de la section lyonnaise. Main dans la main, avancer ensemble vers créer plus de liens pour mieux se connaître, encore et encore. Car c’est par la connaissance que l’on casse les préjugés. C’est par la connaissance de l’autre que l’on arrive aussi à mieux se comprendre soi-même. Découvrir et se découvrir. Donner à voir cette nudité, cette fragilité de l’être. Pour pouvoir mieux se rejoindre et ensemble être capables de créer le monde de demain. Comme leaders. Mais aussi et surtout, avant tout, comme êtres humains.

Billet paru le 18 février 2021 dans Actualité Juive.